Les espaces verts nous "enverdes"

Il y a les mots et les choses.Parfois de très jolis mots désignent de bien pitoyables choses.
Le terme "Espace vert" accole le mot espace (qui évoque I'immensité, l'éther, la liberté) et l'adjectif vert (nature, photosynthèse. respiration, écologie) pour généralement désigner de vagues terrains parsemés de crottes de chiens et de papiers gras.
Par on ne quelle mystification architectaro-juridique.

le mot "jardin" a été remplacé dans l'esprit des concepteurs et des décideurs par le moderne « Espace vert », le fait que cette expression se retrouve partout.
L’Education Nationale, où l'on prépare un diplôme de JEV (Jardins Espaces Verts), les communes et leurs services espaces verts, les appels d'offres (lot 23 :.Espaces verts) ne cessent de privilégier ce ter¬me au détriment de "Jardin'.
S'il ne s'agissait que d'une querelle de sémantique, cet article n'aurait pas lieu d'être. Libre à chacun d'employer le mot qu'il désire pour désigner ce qu'il voit.
Mais I'emploi même du mot Espace Vert pervertit totalement la pratique du jardinage. L’architecture plate Par le terme d'espace vert, la nature est désignée comme un accessoire du bâti. Le fameux COS (Coefficient d'Occupation des Sols), s'il n’est pas court-circuité par une ZAC (Zone d'Aménagement Concerté), a pour but d'imposer une certaine surface non bâtie.
Cauchemar des maîtres d'ouvrage, cette norme a transformé l'évidente nécessité de jardin en espace vert obligatoire.
Frustrés de m2 constructibles, les promoteurs considèrent les jardins de leurs constructions comme la dernière roue de la charrette.

Certes, les jardins sont toujours des arguments de vente, témoins, ces brochures ou les bâtiments sont toujours dessinés entourés d'arbres et de pelouses. Seulement voilà, il est toujours écrit en tout petit "pièce non contractuelle, vision de l'artiste".
Car la réalité est tout autre, l'entreprise de création d'espaces verts" intervient toujours en fin de chantier, au moment où les budgets sont largement dépassés par les autres corps de métier et ou la plupart ne sont pas encore vendus. Autant dire que les jardiniers sont les parents pauvres du bâtiment et que leur travail consiste souvent à camoufler les déblais et immondices du chantier par une fine couche de terre dite végétale. Dans les sols compactés et asphyxiés par les innombrables passages d’engins, quelques arbres (les moins chers) sont plantés et le gazon est semé bien entouré par une aie défensive).

L’espace vert est en place… Mais pas le jardin.
Vient le moment de l’entretien des espaces verts, une entreprise (la moins chère) est choisi, elle a généralement pour tâche essentielle de tondre les pelouses et balayer les allées ? Compétitivité oblige, les jardiniers ne sont pas bien payés. En matière d’espaces verts publics, le constat n'est pas beaucoup plus... rose. Si l'on excepte ceux qui entretiennent certains beaux jardins publics, le rôle des employés du service espaces verts est limité à la conduite de la tondeuse, I'apport d'engrais et le remplacement des buses d'arrosage. Vêtus de bandes réfléchissantes, ils nettoient les bords de route et les îlots directionnels sous le regard triste des automobilistes bloqués par la circulation.
Dépossession En réalité l'espace vert collectif n’appartient plus à personne. Devenu accessoire du béton et du mobilier urbain, il n est plus respecté, plus apprécié comme peut l’être un jardin ou un paysage naturel. Comme espace vert doit être bien vert, on tond les prairies avant qu’elles fleurissent et on les arrose en été pour qu'elles ne jaunissent pas. Comme un espace vert doit être bien entretenu, on surtaille les haies et les arbres et on déverse des tonnes de désherbant sur les plantes adventices. Pourtant, il suffit de planter quelques rosiers et quelques arbres à fleurs dans une cité défavorisée pour remarquer à quel point les habitants les respectent. Inconsciemment, ils ressentent 1a différence fondamentale entre le jardin et l'espace vert. Le premier incite au rêve et à l'évasion tandis que le second est limité à sa stricte vocation utilitaire.

Le temps de réagir
Il est grand temps de réagir! Aussi bête que cela puisse paraître. Il suffirait de changer tout d'abord de vocabulaire. Jetons au compost Ie terme espace vert et réapprenons à réutiliser le mot jardin. Service des Jardins dans les villes, lot Jardin dans les appels d'offres, formation de Jardinier et de Maître jardinier dans les écoles.
Contrat d'entretien des jardins en copropriété, entreprise de Jardins et même architecte de Jardins.
Car le terme paysage lui aussi n'évoque rien, tout le monde sait que chaque paysage est le fruit de millions d'années d'évolution et non pas de la patte du plus doué des architectes paysagistes ou de la plus prospère des entreprises paysagistes. Les Anglais parlent de landscape gardening (Littéralement jardinage du paysage), concept beaucoup plus proche de la réalité. Lorsque le mot jardin aura regagné ses lettres de noblesse, la profession de jardinier sera revalorisée.

Dans les travaux neufs, il interviendra en amont en décapant la terre végétale, en plantant les arbres et en clôturant le jardin afin que les engins de chantier ne roulent pas dessus. Il conseillera les bureaux d'études et les architectes en leur suggérant les plantes les plus adaptées au site.
Plus tard, il accompagnera la croissance du jardin et continuera à l'enrichir avec de nouvelles plantations chaque année. Dans les villes, il deviendra responsable d'une parcelle tout au long de l'année, il la façonnera à son goût et expliquera sa démarche aux habitants du quartier. Alors les espaces verts auront bien fini de nous enverder.


Posted By: A.Gely (la gazette des jardins)
les textes et photos ont étés publiés avec l'accord des auteurs.
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